Lean et enseignement

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Pourquoi les élèves sont finalement de futurs adultes comme les autres…

Ce post est inspiré de mes premières réflexions de future maman, des angoisses existentielles que suscitent déjà la confrontation de l’enfant chéri avec le monde extérieur et des souvenirs de mes très jeunes années d’écolière et d’étudiante. De fait, c’est pour l’instant une réflexion purement théorique, rendez-vous dans quelques années pour voir si les premières applications pratiques sont concluantes.

Lean et enseignement. Cette formule va résonner pour certains comme un véritable oxymore, voir un gros mot, une insulte. On demanderait donc des objectifs de productivité à nos petites merveilles qui n’aspirent qu’à mettre la main sur la dernière console de jeu ? Brimades, esclavagisme, parents indignes ! Et pourtant, en y regardant de plus près, force est de constater que ce qui fait le bonheur de nos chères têtes blondes parfois malgré eux ressemble étrangement à ce que le Lean préconise : obtenir un client (eux-mêmes !) 100 % satisfait par une qualité irréprochable (des savoirs et savoir-faire bien appris, utiles voir amusants) se basant sur le développement des personnes (vive les cours et les devoirs qui permettent de fabriquer des fusées !).

Je ne parlerai donc pas ici des professeurs, qui délivrant au final une véritable offre de service, pourraient s’intéresser au Lean et en retirer beaucoup. Non, je parle bien ici des élèves, dont certains vont en classe en traînant les pieds, incertains de l’objectif comme du moyen et préférant largement batifoler que d’écouter parents et enseignants leur répétant que « c’est pour leur bien », la majorité des autres étant résignés à leur sort et fournissant donc un effort quasi minimum, n’étant pas en cela nécessairement aidés par l’environnement social, familial et culturel.

Le constat de départ est donc celui d’un client non satisfait et d’un ouvrier malheureux à son poste de travail. Côté client, l’objectif est flou, ne se rapporte pas à ses préoccupations car trop adulte pour lui et au final ne s’intègre pas dans sa vision du monde, plus rose bonbon que gris souris. Côté ouvrier, l’enfant ne sait pas nécessairement comment s’y prendre, ne relie pas cela à des savoirs déjà acquis et n’a aucune démarche coordonnée à son niveau pour résoudre ses problèmes. De plus, on pourrait ajouter qu’il perçoit aujourd’hui la note avant tout comme une sanction ou une source de conflit et non comme un moyen de mesurer un écart à une situation souhaitée et un challenge personnel à relever.

Pour adresser cette problématique, il est donc important de comprendre et agir pour rendre à l’apprentissage au sens large ses lettres de noblesse : apprendre, c’est d’abord gagner en autonomie pour pouvoir ensuite explorer à sa guise et faire des choses que l’on aime. Un exemple primaire mais instructif est celui de la lecture : beaucoup d’enfants n’aiment pas lire, ils trouvent cela contraignant, limite inutile et surtout pas fun du tout. Et pourtant, pouvoir s’affranchir de Papa et Maman pour lire des histoires passionnantes (et pas seulement des BDs) et pouvoir ensuite inventer ses propres histoires pour les transposer dans d’autres jeux, n’est-ce pas un objectif fort sympathique ? Il y a certes un effort à faire mais les bénéfices sont rapides et applicables à beaucoup de choses. Savoir décrypter tout(e) seul(e) les notices d’un célèbre jeu de construction de briques de toutes les couleurs pour construire son propre château fort et rejouer le sauvetage de la princesse du livre d’histoires que l’on vient de lire, voilà une satisfaction immédiate, qui fait qui plus est la fierté des parents ! On voit de suite ici le rôle dévolu à l’entourage : mettre en perspective des « problèmes » (passer de « faire faire par » à « faire avec » et enfin « faire soi-même »), découvrir avec l’enfant puis expliquer les étapes de la résolution du problème, montrer le geste, accompagner, féliciter et encourager puis passer au suivant ! Au final coacher dans une perspective Lean.

Transposer ceci au niveau de l’école devient presque évident : il s’agit pour l’enfant de devenir l’acteur de sa propre réussite en intégrant les critères de succès de l’école qui, parfois tant bien que mal, peuvent être compris comme ceux d’un apprentissage réussi avec un peu d’explication et de mise en perspective. La note constitue la mesure de l’écart entre le standard de performance (établi par d’autres il est vrai) et la situation actuelle de l’enfant en termes d’apprentissage. Avoir une mauvaise note ne signifie donc pas « être nul » (jugement de valeur, contraire au respect des personnes) mais ne pas encore avoir appris le geste (résolution de problème source d’amélioration). De mes jeunes années, je me souviens d’un fait récurrent : le devoir sur table fini et corrigé, on passait de toute manière à autre chose : le professeur à la leçon suivante et les parents à la prochaine note qui devait absolument remonter au-dessus de la moyenne. Une seule solution : il faut travailler plus ! mais pas travailler mieux ? De fait, l’école ayant un programme et des objectifs de masse à tenir, il est peu probable que le corps enseignant prenne réellement le temps de reprendre la leçon non maîtrisée avec l’élève. Et on continue donc à construire un échafaudage de connaissances prévu pour être cohérent mais dont certains étages risquent d’être composés de sable, mettant en péril tout apprentissage ultérieur.

Le rôle des parents « coach » peut alors devenir le relais indispensable à la réussite : d’abord en ayant un effet miroir du point de vue des valeurs (respect des camarades et du corps enseignant qui facilite l’intégration et le travail en équipe, mise en avant de la notion d’effort dans une perspective de bénéfices quelque peu différés, ce qui n’est finalement que l’apprentissage de la patience) puis sur un plan plus opérationnel en apportant une assistance à l’enfant en dehors du flot des cours mais exactement en parallèle par un suivi régulier reprenant les cours et exercices associés un par un au jour le jour (juste-à-temps et flux tiré lissé), en comprenant pourquoi l’écart existe (P du PDCA) puis en amenant l’enfant à comprendre d’où vient l’écart et à trouver et mettre en place les mesures pour y parvenir avec l’aide du parent coach qui reprend et fait corriger les erreurs commises durant les exercices et contrôles (D du PDCA et dojo pour montrer le geste). Les parents sont en charge de vérifier ensuite que l’enfant a bien appris le concept (C du PDCA, qualité à chaque étape) et à aider l’enfant à pérenniser les actions (A du PDCA, « on fait bien ses devoirs avant d’aller jouer », « on écoute en classe »). Ceci doit normalement se traduire par une réussite à l’examen (mur de la qualité et satisfaction du client) et faciliter la suite de l’apprentissage (bilan de performance : augmentation de la productivité à temps et effort égal).

Cette amélioration continue, mesurée et maîtrisée, toujours accompagnée avec bienveillance et en sachant que surtout pour des enfants il vaut mieux en faire un peu tous les jours que beaucoup en une seule fois car leur capacité d’attention est naturellement limitée (chantier Kaizen, 1 problème résolu par jour) sera sans doute une source d’apaisement (moins de conflit, plus de confiance en soi, moins d’affect) avant d’être une source de plaisir pour soi et non pour les parents ou professeurs (capacité à faire par soi-même, autonomie, temps gagné, plaisir de la découverte qui se traduit beaucoup en jeu et en activité extra-scolaire !)

Sans valoriser le Lean comme étant une méthode d’apprentissage scolaire complète et estampillée « bonne manière de faire », il reste intéressant de constater les similitudes importantes avec les problèmes d’adultes, le trop sérieux en moins et les bonbons en plus ! On pourra me reprocher de voir le Lean partout, déformation professionnelle, mais l’important n’est-il pas de devenir Lean ?

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