Lean Green partie 2 : Voir ensemble ce que nous faisons réellement

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L’impossible passage du développement durable faible au développement durable fort ?

Dans la première partie de cet article, nous avons retracé ensemble la compréhension de plus en plus claire de ce que devrait être le développement durable. Fallait-il encore la faire partager au plus grand nombre : l’agenda 21 soulignait qu’une large participation du public à la prise de décision est une condition fondamentale pour la réalisation du développement durable. Plus de 20 ans après la conférence de Rio, l’objectif semble largement atteint. Ainsi, de nombreuses voix s’élèvent contre la façon dont les gouvernements et les entreprises se sont approprié le concept des trois piliers du développement durable et la conservation des capitaux financiers, sociétaux et environnementaux.

Les entreprises et les gouvernements ont très souvent tendance à distinguer ces piliers et à ne privilégier que celui du développement économique tout en se disant préoccupées par les deux autres. La crise financière puis économique de 2008 a d’ailleurs fortement dégradé la situation en ce sens. Pour ceux qui réussissent à tirer leur épingle du jeu pendant cette période difficile, il existe une forte tendance à considérer non pas l’interdépendance de ces piliers dans le cadre d’une démarche de développement durable, mais plutôt leur équivalence. En caricaturant, encore une fois, ce serait comme si une entreprise qui rase des forêts en Amérique du Sud pouvait racheter son atteinte au « capital naturel » local en développant du « capital sociétal », par exemple en ouvrant des écoles de la deuxième chance dans une banlieue difficile des Etats-Unis d’Amérique. Ce type de comportement va à l’encontre du 6e principe de Malawi (la gestion des écosystèmes doit se faire à l’intérieur des limites de leur dynamique.) Cette façon de faire a tellement prospéré qu’elle a un nom bien connu : le green washing. Dans le même état d’esprit, on peut y ajouter le social washing avec les diverses récompenses que s’attribuent diverses entreprises de biens et de services.

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Parmi tous ces outils qui nuisent à la volonté d’améliorer la situation, le plus dangereux est sans doute le green-tax washing ou principe du « pollueur-payeur ». Ce principe du « pollueur-payeur » ne fait rien de moins qu’admettre, avec une forte adhésion de la population en France, que le capital environnemental et le capital financier se compensent entre eux. Avec ce principe, chacun peut polluer tant qu’il veut dans la limite du raisonnable. Ainsi, il revient aux entreprises et aux particuliers de prendre en charge « les coûts de mesures de prévention et de lutte contre la pollution, arrêtées par les pouvoirs publics pour que l’environnement soit dans un état acceptable »[1]. On ne peinera pas à trouver, particulièrement en France, une multitude de taxes allant dans ce sens, sans pour autant améliorer la situation, ceci depuis 1920 et la définition, par Arthur Cecil Pigou[2], du concept de réparation des externalités. Il arrive que cela fonctionne presque correctement comme avec la taxe sur les eaux usées, payée lors de la consommation d’eau potable. Mais ce système appelle deux observations :

  • En 2017, il est toujours interdit de baigner dans la Seine à Paris[3].
  • La taxe sur les eaux usées représente parfois plus de 50 % de la facture d’eau potable[4]. Pour autant, combien sommes-nous à chercher à réduire la pollution de nos eaux domestiques ?

Je reste donc convaincu que le principe de « pollueur-payeur » est un pis-aller qui n’engage pas vraiment les entreprises et les particuliers à traiter séparément les trois bilans du développement durable. Pire encore, lorsque les exigences évoluent, comme pour la qualité de l’eau, l’amélioration de la situation n’est pas traitée à la source du problème, mais à la sortie de l’égout. Il en résulte une dégradation du bilan financier pour améliorer le bilan environnemental[5]. Seule la première moitié du problème est traitée. Au contraire, le lean management agit en 2 temps : protéger le client, en l’occurrence mettre fin immédiatement au désordre constaté, puis éliminer la cause racine pour que le problème soit réglé une fois pour toutes. Dans le cas présent, l’environnement et la Société peuvent être considérés comme des clients de l’entreprise.

Passer d’une politique de légitimation de nos bonnes actions à une politique de conservation séparée des capitaux financiers, sociétaux et environnementaux.

La non-équivalence des capitaux entre eux, largement théorisée et développée depuis la conférence de Rio, revient fortement sur le devant de la scène et sera très probablement l’un des enjeux majeurs qui forgeront les politiques à venir. Il est donc de plus en plus exigé des entreprises et des gouvernements de passer d’une politique de légitimation de leurs bonnes actions à une politique de conservation séparée des capitaux financiers, sociétaux et environnementaux. Dans cette optique, le développement durable fort est le seul à permettre à chacun de mesurer les conséquences de ses actes et de faire des choix de société et de consommation parfaitement éclairés. Cependant, si la notion de préservation du capital financier est maintenant largement maîtrisée, car explorée et améliorée par les comptables depuis plus d’un siècle, les choses sont sensiblement moins abouties en matière de capital environnemental et de capital sociétal. En effet, dans une économie mondialisée, les périmètres de responsabilité et d’action d’une entreprise, et plus encore d’une supply chain dans son ensemble, sont difficiles à établir avec netteté. Les notions de « scope 1 & 2 & 3 »[6] ont clarifié la complexité des choses, ce qui n’engage pas le changement de paradigme dans les entreprises. Plus encore, le troisième capital, sociétal, qui regroupe les sous-capitaux humain, social et précisément sociétal fait que, plus nous nous éloignons du capital humain, centré sur la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis de son personnel, plus il est complexe de savoir quoi mesurer, et comment, au risque d’entreprendre des actions qui seront qualifiées de social washing.

Il est vrai que le tableau dressé n’est pas très flatteur. Néanmoins, il révèle des écarts entre ce que les diverses parties prenantes souhaitent accomplir et ce qu’elles réalisent vraiment. Cela tombe vraiment très bien, car un écart, c’est un problème, et un problème, c’est une opportunité d’amélioration !

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[…à suivre]

[1] http://cms.unige.ch/isdd/IMG/pdf/PPP_analyses_et_recommandations_de_l_OCDE.pdf

[2] Principe du pollueur-payeur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_pollueur-payeur

[3] Se baigner dans la Seine aux JO de 2024, un doux rêve ? https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/pollution/se-baigner-dans-la-seine-aux-jo-de-2024-fiction-ou-realite_112948

[4] Prix de l’eau et de l’assainissement en France en 2010 : http://www.services.eaufrance.fr/panorama/cartes/2010/prix

[5] Le prix de l’eau augmente plus vite que l’inflation : http://www.leparisien.fr/economie/votre-argent/le-prix-de-l-eau-augmente-plus-vite-que-l-inflation-20-03-2015-4620691.php

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bilan_des_%C3%A9missions_de_gaz_%C3%A0_effet_de_serre

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