Dix ans de Lean dans la construction

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Jean-Baptiste Bouthillon est le dirigeant de l’entreprise de construction « Paris Ouest Construction ». Il s’est lancé sur la voie du Lean en 2007. Au 28e Séminaire Lean en France, il a dressé un bilan de ces 10 ans de pratique.

Pourquoi avoir décidé de faire du Lean ?

Pour acquérir un avantage concurrentiel ! Par concurrent, Jean-Baptiste entend des entreprises de construction qui ont une taille similaire à la sienne et qui sont présents sur les mêmes types de marchés. Pour illustrer son propos, il présente sur un slide les logos des six entreprises concurrentes en 2007, et sur un autre les logos de celles encore présentes sur le marché en 2017 : la moitié a disparu.

C’est dans son cœur de métier, c’est-à-dire les activités de construction (qu’il appelle production) qu’il a initié sa démarche. Il a construit ses outils au fur et à mesure en s’appuyant sur les cinq principes suivants :

  • Travailler en sécurité
  • Bien du 1er coup
  • Fini parti (cf pt 2 ci-dessous)
  • Accélérer les enchainements
  • Diminuer l’empreinte carbone.

Détail des principes :

1. Jean-Baptiste Bouthillon prend des photos au fur et à mesure de ses visites sur les chantiers. Tous les mois, il réunit ses responsables de chantier autour d’un petit déjeuner où il leur présente les photos qui montrent des problèmes de sécurité et leur demande de réagir (NB : les plus anciens sont appelés à réagir en dernier).

2. L’activité de construction a pour caractéristique que 60 % de la valeur ajoutée est réalisée par des sous-traitants. Le principe du « fini parti » consiste à faire en sorte que lorsqu’un corps de métier a à intervenir, il trouve un environnement parfaitement adapté pour réaliser sa prestation, ceci afin que l’intervention se fasse le plus vite possible et dans les meilleures conditions. De la même façon, lorsqu’il quitte le chantier, son travail doit être complétement terminé et il doit laisser la place parfaitement nette pour l’entreprise suivante.

Cette pratique permet de réduire les délais de « sécurité » qui sont en habituellement prévus entre deux intervenants.

3. A chaque démarrage de projet, il réalise un document d’analyse autour de 3 axes :

  • A quoi le client est-il sensible sur ce projet ?
  • Que faut-il savoir faire sur ce projet ? Que savons-nous faire et que ne savons-nous pas faire ?
  • Qu’est-ce qu’il ne faut absolument pas rater ?

Jean-Baptiste explique que la réponse à la première question « A quoi le client est-il sensible ? » est un véritable enjeu et qu’il ne se contente pas de la première réponse qui est en général « respect du périmètre, de la qualité, des délais et du budget ». A titre d’exemple, en creusant ce point sur l’un de ses derniers projets, il a appris que le voisinage s’était fortement opposé au projet et que le maire avait dû s’engager personnellement. Ainsi, il a apporté une attention particulière à limiter au maximum les nuisances vis-à-vis du voisinage lors de la construction.

4. Dans son voyage Lean, Jean-Baptiste est actuellement à une étape qu’il qualifie de « pivot » (terme repris du Lean Startup). Cette étape consiste à changer de positionnement pour travailler en amont des projets de construction avec les architectes, afin de pouvoir discuter avec eux des choix de conception et de leurs impacts sur la production.

Les résultats de 10 années de pratique Lean : des améliorations spectaculaires

  • Le taux de fréquence d’accidents du travail est passé de 35 en 2007 à 15 en 2015. Depuis 2 ans cet indicateur est remonté, il est aujourd’hui à 25 ;
  • Le nombre de contentieux est en baisse ;
  • La durée des chantiers a été réduite de 6 semaines (durée initiale : 20 mois) ;
  • Le bilan carbone des constructions neuves a été réduit de 38 %.

Mais aussi :

  • L’entreprise bénéficie d’une excellente réputation auprès de l’ensemble de ses clients pour la qualité de sa production.
  • Les relations sur les chantiers sont qualifiées par les sous-traitants de plus « humaines » que sur les autres chantiers.
  • L’entreprise a innové et a déposé deux brevets.

Les prochains axes d’amélioration

  • Augmenter la rentabilité de l’entreprise qui a été fortement impactée par deux sujets : le dépôt de bilan d’une filiale et de « gros problèmes » sur un chantier particulier.
  • Continuer à travailler sur la partie étude et initier une démarche Lean dans les activités commerciales.

Ce que nous apprend ce témoignage

Jean-Baptiste Bouthillon nous a donné à voir l’exemple d’une démarche Lean portée par le dirigeant de l’entreprise (et lui seul), avec une forte implication de sa part, sans délégation aucune. De plus, à travers son discours, ses exemples, ses photos, on perçoit une véritable appropriation des principes du Lean pour ensuite en faire une restitution adaptée à son métier et à ses équipes. J’en veux pour exemple, le principe de « fini parti » qui associe des notions de 5S, bon du 1er coup et réduction de la variabilité.

S’il fallait en retenir deux choses à décliner dans l’informatique ?

  • La réussite est le fruit d’une démarche collaborative avec les sous-traitants.
  • Effectuer un travail d’analyse (point 3 évoqué plus haut) en début de projet afin d’identifier où est la valeur pour le client et quels sont les sujets auxquels il faut prêter une attention particulière ou carrément acquérir une nouvelle compétence.

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