Le « concurrent engineering » appliqué à l’urbanisme : Lisbonne en 1755

 

En novembre 1755, la ville de Lisbonne s’effondre et l’histoire du monde en est changée. La ville est d’abord partiellement détruite par un tremblement de terre d’une amplitude de 8,5 à 9,2, selon les sources. Trois secousses de plusieurs minutes se succèdent puis, des milliers d’habitants, regroupés sur le port pour être à l’abri des bâtiments qui s’effondrent, sont balayés par la vague d’un tsunami. Enfin un immense incendie se déclenche. Le nombre de morts est estimé à 40 à 60 000 personnes.

Un homme « providentiel », le marquis de Pombal, va organiser avec beaucoup d’efficacité la protection du pays, les camps de réfugiés de Lisbonne et la reconstruction de la ville[1]. Pour la reconstruction, il va procéder exactement comme le préconise le Lean engineering trois siècles plus tard, en mettant en concurrence plusieurs solutions avant d’en choisir une.

Manuel de Maia, ingénieur en chef du Portugal, reçoit donc la demande de proposer quatre choix différents pour la reconstruction de la ville. Quatre équipes distinctes d’ingénieurs ont présenté chacune une option dans un concept paper :

  1. Reconstruire la même ville avec les matériaux récupérés sur place.
  2. Elargir les rues mais garder une densité voisine de celle d’avant la catastrophe.
  3. Démolir complètement la ville antérieure (quartier de la Baixa) et la reconstruire avec des normes nouvelles pour qu’elle résiste mieux à un tremblement de terre (hauteur des bâtiments, angle des rues),
  4. Oublier le site de Lisbonne et reconstruire ailleurs.

Chaque option est argumentée : coût et vitesse, possibilité de moderniser la ville, résistance aux secousses, impacts sur la vie des citoyens pendant et après la reconstruction, problèmes juridiques et fonciers, etc…

Concept Paper

« Synthèse des éléments clé du projet : la voix du client, le budget cible, les concepts alternatifs, les attentes incontournables, les contraintes techniques, les points innovants. » Définition de Cécile Roche, Directrice Lean et Agile de Thalès (plus d’informations ici).

Le marquis de Pombal a choisi l’option 3 : la démolition reconstruction du quartier de la Baixa. Il a ensuite demandé à Manuel de Maia de prolonger cette réflexion ouverte en demandant cette fois-ci à trois binômes, indépendants les uns des autres, de décrire plus précisément l’urbanisme de la nouvelle ville. Chacun des binômes est revenu avec une proposition mais aucune d’entre elles n’a été jugée satisfaisante. Les binômes ont été mélangés et la même commande leur a été passée, avec des lignes directrices plus précises sur certains aspects. Le cinquième projet a finalement été adopté par le marquis de Pombal.

Le quartier de Baixa a ainsi entamé sa reconstruction.

Cette succession de designs de la nouvelle ville de Lisbonne correspond, me semble-t-il, exactement à ce qu’on appelle le set based concurrent engineering :

Set Based Concurrent engineering (SBCE)

« Le SBCE consiste à évaluer un large ensemble (set) de solutions proposées par les différentes parties prenantes puis à sélectionner progressivement ces solutions, convergeant ensemble progressivement vers la solution répondant le mieux à la « voix du Client » » Définition d’Olivier Soulié, R&D Excellence System Manager de PSA (cf slides).

[1] Les références historiques proviennent de « The reconstruction of Lisbon following the earthquake of 1755: a study in despotic planning » écrit par John R. Mullin, à lire ici.

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